Nancy Florence Savard: l’audacieuse qui croyait en Québec | Le Journal de Québec

Dimanche 14 Octobre 2018
Dans 10e ave

Il y a 20 ans, Nancy Florence Savard ouvrait sa maison de production de télé et cinéma numériques, faisant fi des nombreuses moues sceptiques qui doutaient du potentiel d’une telle aventure à Québec.

Mais c’était bien mal connaître cette entrepreneure de Québec, championne de l’organisation, fonceuse née qui allait devenir une pionnière en télévision numérique et en animation assistée par ordinateur.

Ce n’est pas peu dire, elle a même poussé l’audace jusqu’à donner naissance à ses trois enfants au cours de ces mêmes années de démarrage de sa boîte, Productions 10e Ave, du nom de l’artère où se trouvait le chalet de ses grands-parents, endroit où se retrouve toujours sa famille pour partager de beaux moments.

Les bureaux administratifs de l’entreprise, où je l’ai rencontrée, ont toujours pignon sur rue dans le parc industriel de Saint-Augustin. Ils sont situés non loin de sa résidence, où elle vit avec son conjoint et leurs trois grands, pas trop loin de sa mère. D’où l’intérêt de vivre et de travailler dans sa belle région natale, comme elle en a fait le choix.

Nancy Florence Savard, présidente, productrice et réalisatrice chez 10e Ave

PHOTO JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS | Le premier conte produit par Nancy Florence Savard était issu d’un texte qu’elle avait composé au début de l’école secondaire, où elle était impliquée dans tout plein de projets.

Premiers pas

Bébé sous le bras, avec la « grosse bedaine » où poussait le deuxième, la jeune femme avait fait à l’époque des démarches pour trouver du financement dans le pire contexte. Le scandale Cinar éclatait, la bulle technologique explosait aux États-Unis et on nageait en plein marasme économique.

« J’ai appelé ça ma montée d’hormones », lance de son grand rire contagieux et caractéristique cette grande femme aux yeux bleus pétillants. Derrière elle s’étalent les nombreux trophées remportés par ses films d’animation, dont La Légende de Sarila et Le Coq de Saint-Victor, qui ont fait le tour de la planète et dont Universal Pictures a acheté les droits pour une possible adaptation.

Plus récemment, le long métrage d’animation Mission Yéti, dont l’action se passe en partie à Québec et dont les droits ont été distribués dans plus de 60 pays, a été sélectionné dans plusieurs festivals.

Le film s’est distingué le mois dernier comme meilleur film d’animation d’un festival international de cinéma jeunesse en Iran. Il sera projeté en Israël cette semaine, a connu un beau succès en Russie et en Ukraine, et sera ensuite vu en Irlande, en Pologne et en France.

« Que notre film, dont le personnage clé est une femme très loin des stéréotypes habituels, qui ose piloter un avion sans permis, et autres trucs du genre, remporte un prix en Iran, c’est un beau gain, une belle victoire, relève la productrice et réalisatrice. Je me dis que si ça peut ouvrir des chemins, pour des jeunes filles là-bas, ce serait vraiment chouette ! »

D’abord la pub

Avant de vivre cette grande aventure, Nancy Florence Savard a connu ses premiers contacts avec le cinéma très jeune, alors qu’elle travaillait comme « candy girl » derrière le comptoir du cinéma sur Charest, qui n’existe plus aujourd’hui.

« Ils présentaient le film E.T. en version originale anglaise, et des gens venaient de partout dans l’est du Québec pour assister à la projection, se souvient-elle. C’était tellement populaire qu’on dormait presque au cinéma, tant ils avaient dû ajouter des représentations. »

C’est à cet endroit qu’un projectionniste l’a approchée, entre deux services de popcorn, pour travailler en télévision communautaire. Elle a d’abord travaillé derrière les caméras, puis s’est faite animatrice.

Plusieurs domaines l’intéressaient : le journalisme, le droit, l’enseignement. Elle a abouti à l’université en communications, et a fait sa marque dans la conception publicitaire. Ses premiers personnages d’animation ont d’ailleurs été créés pour des campagnes de pub, dont celles d’Ameublements Tanguay.

Mme Savard venait alors de rentrer à Québec après quelques années passées à Montréal, comme réalisatrice pour Musique Plus, et pour diverses autres chaînes, dont TVA.

À propos de Musique Plus, elle garde de très bons souvenirs. « Ç’a été une école extraordinaire pour moi, s’exclame-t-elle en évoquant ces années. On fermait la rue Sainte-Catherine pour le tournage d’un vidéoclip de quatre minutes, il y avait la venue de grandes vedettes à l’époque, comme Samantha Fox. »

La moyenne d’âge du personnel y était de 22 ans à peine. Plusieurs grands réalisateurs de séries dramatiques d’aujourd’hui, comme Podz, sont passés par là.

Même à l’époque, toutefois, Mme Savard trouvait moyen de revenir à Québec, qu’elle aimait tant, les fins de semaine, dans son camion de Musique Plus. Elle produisait une émission, Québec Plus, animée par Dany Martel. Elle arrivait le vendredi soir et repartait le dimanche.

Le financement

Une fois son rêve réalisé, la femme d’affaires en a souvent bavé pour réunir le financement pour ses productions, et cherche d’ailleurs toujours à boucler le tout pour sa dernière production.

Pour La Légende de Sarila, qui a nécessité plus de 10 ans de travail et de démarchage avant sa sortie, elle a fini par réunir une vingtaine de partenaires qui ont fourni les 8,5 M$ devant servir à la production.

« À chaque film, c’est comme si je repars une compagnie », illustre celle qui ne s’en est jamais fait avec les casse-têtes. Bien au contraire, elle s’en voit motivée davantage. C’est là que la championne organisatrice, qui était de tous les comités à la petite école, reprend du service et s’active.

La réalisatrice et productrice n’en revient d’ailleurs pas du talent québécois dans le domaine de la production et création télé et cinéma. « Je regarde les séries dramatiques qui se font avec de si petits budgets, comparé à ce qui se fait ailleurs, et c’est incroyable, dit-elle. On est astucieux, créatifs, si bien qu’on parvient à faire beaucoup plus avec beaucoup moins. »

EN RAFALE

Bagage génétique

Les parents de Nancy Florence Savard lui ont donné très jeune des ailes et de la détermination. Elle se souvient très bien de ces moments exaltants où son père, un ancien pilote de brousse qui possédait un hydravion, lui faisait survoler la région pour faire de la photographie. « Dès l’âge de quatre ans, j’embarquais avec mon caniche et on partait. Il y a sans doute un petit côté génétique à ce côté aventurier », glisse-t-elle. Quant à sa mère, qui a dû interrompre sa carrière lorsqu’elle s’est mariée, comme le voulait l’époque, elle lui a légué son côté très organisé. Elle a aussi tenu à lui léguer une bonne éducation en héritage. Elle a fréquenté des collèges privés et a fait des études universitaires avant d’aboutir plus tard aux HEC afin d’en apprendre davantage sur le financement de productions.

Commotions cérébrales

La productrice et réalisatrice travaille présentement sur un documentaire à propos des commotions cérébrales, un sujet qui la touche de près puisque ses trois enfants en ont été victimes, dont l’une de ses filles très sévèrement. « L’animation nous emmène dans d’autres secteurs, dit-elle. Je travaille avec le Dr Pierre Frémont, de l’Université Laval, pour illustrer en 3D l’impact des commotions cérébrales sur le cerveau. Plusieurs écoles n’ont pas voulu qu’on aille tourner dans leur établissement. C’est un peu choquant parce qu’on veut que ce soit préventif. » Le projet s’intitule Pour garder toute sa tête. Il fait suite à la réalisation d’autres documentaires sur des déficiences physiques qui sont comblées par des innovations technologiques, comme les implants cochléaires ou les jambes bioniques.

Cinéma à Québec

Présidente de la Table de concertation de l’industrie du cinéma et de la télévision de la Capitale-Nationale, Nancy Florence Savard s’inquiète elle aussi de la pénurie de main-d’œuvre. On manque cruellement de créateurs de dessins animés à Québec. « On en a besoin, il faut continuer à en former, souligne-t-elle. On s’est chicané le personnel cet été. » La créatrice travaille aussi avec la Ville de Québec pour tenter de trouver des solutions au sous-financement. On observe une grande croissance de la production de télévision, mais une diminution importante de productions cinématographiques à Québec, ces dernières années. Le volume d’affaires, en termes de productions télé et cinéma dans la région, est passé de 17 M$ à 34 M$ entre 2004 et 2014, et a même atteint un sommet de 44 M$. Mais la compétition est forte et il est difficile de rivaliser en raison de nombreux incitatifs financiers qui prévalent ailleurs. La création de fonds régionaux pourrait être une avenue.

 
KARINE GAGNON
Le Journal de Québec
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